En quoi le coaching peut m’être utile ? Retour en arrière grâce au Jeu intérieur du Tennis
Dans ce premier article, je souhaite contribuer à répondre à la question que j’entends souvent : en quoi le coaching peut m’être utile concrètement ? Pour cela, il me parait intéressant de revenir aux sources de cette discipline, aux raisons qui l’ont fait émerger. J’espère ainsi éclairer ceux qui s’interrogent sur les apports possibles du coaching dans leur vie professionnelle.
Je vais vous faire part de ma lecture d’un livre qui a profondément influencé l'émergence du coaching moderne, écrit il y a plus de 50 ans en 1974, le Jeu intérieur du Tennis de Tim Gallwey, 1 an avant ma naissance…
Ce qui m’intéresse particulièrement dans ce livre n’est pas le tennis (bien que je sois fan de ce sport !). C’est la question qu’il pose : pourquoi sommes-nous parfois notre propre obstacle alors que nous possédons déjà les ressources nécessaires pour agir ? Une question qui me semble particulièrement pertinente pour les entrepreneurs et les dirigeants.
Vous préférez le format vidéo, j'ai également consacré une série de 7 épisodes au Jeu intérieur du tennis sur mon compte Instagram @igorbaschetcoaching du 30 juillet au 17 aout 2026. Vous trouverez les liens ci-dessous à la fin de chaque chapitre.
ET SI VOUS ÉTIEZ VOTRE PLUS GRAND ADVERSAIRE ?
Tout part d’un constat de Tim Gallwey, entraîneur de tennis : le joueur peut parfois être son propre plus grand adversaire. Il observe que les interférences de l’esprit — le doute, la peur, le jugement, la critique — peuvent perturber le joueur et l’empêcher de mobiliser pleinement ses capacités. Plutôt que de chercher uniquement à améliorer le geste ou la technique, Gallwey va alors s’intéresser à ce qui se joue dans la tête du joueur : son « jeu intérieur ».
LA DÉCOUVERTE DES 2 MOI
Partant de son observation que le joueur vit un dialogue intérieur sur le court, Tim Gallwey modélise deux « Moi » qui se parlent : le Moi 1, qui analyse, contrôle et juge, et le Moi 2, qui joue et mobilise les capacités naturelles du joueur.
Son approche va alors consister non pas à supprimer le Moi 1, mais à trouver une harmonie entre ces deux Moi. Pour cela, il recommande d’apprendre deux compétences : calmer le Moi 1 et faire confiance au Moi 2.
CALMER LE MOI 1
Calmer cette volonté de contrôle permet de redonner de la place au Moi 2.
Mais comment faire ?
Tim Gallwey propose notamment deux pistes :
-Apprendre à observer sans juger : remplacer le jugement (« bon », « mauvais », « réussi », « raté ») par une observation neutre de ce qui se passe réellement.
-Concentrer son attention sur des éléments concrets : porter son attention sur ce que l’on voit, entend ou ressent permet de ramener le mental dans le présent plutôt que de le laisser se perdre dans l’analyse et l’anticipation.
FAIRE CONFIANCE AU MOI 2
Là encore, Tim Gallwey part de l’observation. Il constate que le Moi 1 entretient souvent avec le Moi 2 une relation de défiance et de contrôle, comme s’il ne lui faisait pas suffisamment confiance.
Or, il expérimente qu’en valorisant les capacités naturelles du Moi 2 et en lui laissant davantage de liberté, le joueur peut obtenir de meilleurs résultats.
Comment faire ?
Parler le langage du Moi 2 : celui des images, des sensations, des ressentis et de l’expérience plutôt que celui des consignes et des instructions.
Puis visualiser l’objectif que l’on souhaite atteindre et lâcher prise : laisser le Moi 2 mobiliser ses ressources, apprendre de l’expérience et trouver lui-même les ajustements nécessaires.
C’est passer d’une logique de contrôle à une logique de confiance.
CHANGER DURABLEMENT UNE HABITUDE
Gallwey tire de ces découvertes précédentes une approche nouvelle pour changer durablement nos habitudes.
L’approche traditionnelle cherche à corriger par le contrôle : je juge ce qui ne va pas, je me donne des consignes, je fais davantage d’efforts et je cherche à maîtriser le résultat. Mais cette volonté de contrôle peut alimenter un cercle vicieux : plus je me juge, plus je me crispe, et moins je suis naturellement performant.
Avec Gallwey, l’approche change de perspective. Il ne s’agit plus de se corriger, mais d’abord d’observer sans jugement. Puis de se représenter le changement souhaité, de faire confiance à son Moi 2 et de rester attentif à ce qui se passe réellement. L’apprentissage devient alors un processus d’observation, de confiance et d’ajustement.
D’un côté : stress → contrôle → effort → jugement → plus de stress. De l’autre : observation → représentation → confiance → apprentissage → progression.
LE COURT COMME SCÈNE DE THÉÂTRE
Tim Gallwey observe les comportements parfois excessifs des joueurs de tennis et se pose la question de ce qui se joue réellement derrière ces comportements. Il fait alors le lien avec les « jeux » humains décrits par Eric Berne dans l’Analyse Transactionnelle : derrière ce que nous faisons consciemment peut se jouer une motivation plus profonde. Ainsi, derrière la volonté de perfection, de réussir à tout prix ou d’être meilleur que l’autre, Gallwey met en lumière une motivation fondamentale :
« Je veux être le plus fort. »
Une découverte qui invite à regarder au-delà du comportement visible pour s’interroger sur le jeu intérieur qui le sous-tend.
CONCLUSION
Avec Tim Gallwey, le jeu intérieur prend progressivement une dimension existentielle. L’enjeu n’est plus seulement de gagner un match ou d’atteindre un objectif extérieur : il peut aussi s’agir de « gagner le jeu intérieur », c’est-à-dire de porter son attention sur la manière dont nous vivons les situations et sur la qualité de notre vécu intérieur. Gallwey invite ainsi à rééquilibrer le jeu extérieur — les objectifs, les résultats, les victoires, les trophées — avec le jeu intérieur, c’est-à-dire ce que nous vivons et ressentons au cours de l’action.
C’est, selon moi, ce qui fait de Tim Gallwey l’un des précurseurs majeurs du coaching moderne :
-en s’intéressant à l’optimisation du potentiel du joueur et en déplaçant le regard du jeu extérieur vers le jeu intérieur
-en modélisant le dialogue intérieur et en proposant des moyens concrets de dépasser les interférences mentales
-en développant une méthode fondée sur l’observation et l’expérimentation, plutôt que sur le seul enseignement ou la prescription
-en invitant à un réalignement entre soi et son action, qui dépasse largement le cadre du court de tennis.
C’est en cela que Tim Gallwey a marqué l’histoire du coaching : il ne s’est pas seulement intéressé à la manière de mieux jouer au tennis, mais à la manière de mieux vivre ce que nous faisons. Et c’est peut-être là que se trouve l’une des raisons pour lesquelles, plus de cinquante ans après la publication du Jeu intérieur du tennis, son approche continue de nous parler, alors même que le coaching s’est considérablement développé depuis, en termes d’outils, de cadre et de pratiques.
